Le voyage d'un naturaliste autour du monde

ETAPE 10

Plan du site
Voir le texte intégral
Crédits

Accueil - Voir l'animation complète du site

Le voyage de Darwin

ETAPE 10

Du 15 septembre au 20 octobre 1835
Galápagos, faune, flore, échantillons, adaptation


Le 15 septembre, les îles Galápagos sont en vue. Les explorateurs partent alors pendant un peu plus d’un mois à la découverte de cet archipel équatorial du Pacifique composé d’une dizaine d’îles volcaniques coiffées de milliers de cratères.

Le 17, le Beagle accoste sur l’île Chatham dans une chaleur étouffante. Le sol est constitué d’une coulée de lave basaltique noire, rugueuse et parsemée à certains endroits de petits cônes d’origine volcanique. A première vue, seuls de maigres arbrisseaux rabougris, de grands cactus à la forme étrange, des herbes maladives et quelques acacias semblent pouvoir y pousser. Mais l’île n’est pourtant pas dépourvue de vie animale. Darwin est en effet intrigué par de véritables routes qui semblent avoir été tracées par quelque animal en direction des sources d’eau. Il comprend bien vite quelle en est l’origine en tombant nez à nez avec deux immenses tortues! Très nombreuses, ces véritables emblèmes des Galápagos peuvent fournir jusqu’à 100 kg de viande comestible. Ce qui explique que six à huit hommes soient parfois nécessaires pour les soulever de terre! Charles, lui, tentera à plusieurs reprises de tenir en équilibre sur leur dos, mais sans grand succès…

Le 23, les explorateurs se rendent sur l’île Charles, colonisée depuis six ans par quelques centaines d’hommes de couleur, bannis de la république de l’Equateur pour crimes politiques. Comme ses homologues, l’île se caractérise par quelques arbrisseaux sur la côte, bientôt remplacés par des bois plus verdoyants, puis par une belle végétation d’herbes grossières et de fougères à son sommet. Bien que cochons et chèvres sauvages s’égaillent dans les bois, les tortues géantes constituent le principal aliment des insulaires. Cultures de patates et de bananes viennent compléter ce mets apprécié. Darwin rencontre un homme lui certifiant qu’il peut savoir de quelle île provient une tortue, rien qu’en l’observant. Sur le moment, il n’y prête guère attention…
Le 29, le navire parvient sur la côte de l’île Albemarle recouverte de lave figée et peuplée de grands lézards noirs aquatiques. Pouvant atteindre quatre pieds de long, ces derniers sont les seuls au monde capables de se nourrir de plantes marines. Autre particularité: ils s’avéreront plus grands sur cette île que partout ailleurs… Darwin étudie aussi de très nombreux lézards bruns-jaunâtres hideux, très lents, et pouvant peser jusqu’à 15 livres! Cette espèce terrestre se nourrit de baies, de feuilles d’acacias et surtout de cactus.

Le 8 octobre, accompagné de quelques hommes, Darwin débarque sur l’île James où il rencontre une petite troupe d’espagnols qui pêchent et sèchent des poissons. Ils salent aussi des tortues et, durant cette escale, le naturaliste ne se nourrit que de la chair de ce reptile. La température dépasse les 40°C sur cette île également peuplée de lézards bruns-jaunâtres dont les trous au sol sont si nombreux qu’ils rendent difficile la fixation des tentes. Sur cette côte brûlante, seuls quelques arbrisseaux sans feuilles parviennent à se développer. Mais plus haut, l’air est moins étouffant et la végétation plus accueillante, avec même quelques prairies. Comme sur toutes les îles de l’archipel, les parties hautes accrochant les nuages sont plus humides et fertiles que les parties basses.

Au final, en à peine plus d’un mois, Charles ne collecte pas moins de 193 espèces de plantes, 26 espèces d’oiseaux terrestres, 17 espèces de coquillages, 15 de poissons de mer, 11 d’échassiers et d’oiseaux aquatiques, des reptiles, des insectes… Mais derrière ces chiffres impressionnants, se cache une réalité bien plus étonnante encore: nombre de ces espèces sont uniques au monde. Plus incroyable, certaines d’entre elles existent sur une île de l’archipel et pas sur les autres! Ainsi, chaque île semble avoir généré des espèces qui se sont adaptées spécifiquement à leur environnement. L’exemple des pinsons est à ce titre révélateur. Ces oiseaux, tout en présentant entre eux de frappantes ressemblances morphologiques, se distinguent par divers détails comme la forme et la taille de leur bec. Darwin comprendra que l'isolement de ces volatiles sur ces îles les a conduits, à partir d'une souche unique d'origine continentale, à présenter des variations probablement liées à des différences de mode de vie et d'habitudes alimentaires. Cette découverte, et bien d’autres, contribueront à l’élaboration de sa théorie de la sélection naturelle et à la mise en lumière du mécanisme par lequel les espèces évoluent en s’adaptant à leur milieu.
Mais pour l’heure, nous sommes le 20 octobre 1835 et le Beagle hisse les voiles, cap sur Tahiti!

CNRS    sagascience